Le label Bachelor professionnel, un label de garantie pour les formations bac+3 ?
EspaceGrandesEcoles.com : 01/07/2010
Créé en juin 2007, le label Bachelor professionnel des CCI (chambres de commerce et d’industrie) s’applique aux formations bac+3 dans le champ élargi des métiers du commerce et de la gestion. Le nouveau label garantit aux jeunes que la formation répond aux besoins des entreprises. Mais pas seulement. Entretien avec Franck Recoing, vice président de la CCI de Marseille-Provence et président du comité de labellisation.
Comment expliquez-vous la montée en puissance des programmes Bachelor ?La mise en oeuvre du LMD a joué un rôle important dans la montée en puissance des formations bac+3 même si les niveaux bac+2 et bac+4 gardent une certaine légitimité auprès des recruteurs. Partant de ce constat, il nous est apparu important de légitimer l’offre de formation foisonnante à bac+3 des écoles consulaires. Ces formations en « middle management » irriguent, depuis longue date, tout le territoire sous des marques très différentes. Elles sont localement bien implantées et appréciées des entreprises régionales parce qu’elles répondent notamment aux attentes des PME. Il était inconcevable de bousculer l’existant et la création d’une « méta-marque » comme le label Bachelor professionnel CCI, nous est apparue la solution la plus probante. Ce label vient distinguer l’offre consulaire des formations universitaires autour de 4 grands critères : la proximité avec les entreprises, une ouverture à l’international, une pédagogie active innovante, la mise en place d’un « passeport compétences ».
L'appellation « bachelor » est accessible à tout type d'organismes de formation. Il n'existe pas d'organisme accréditeur à l'instar d'Equis ou autre, qui puisse garantir la qualité d'un programme. Le label Bachelor professionnel fait donc office d’accréditation de programme ? Que valide-t-il ?
Effectivement, Equis ou AACSB sont des accréditations d’écoles. En ce qui concerne le bachelor professionnel, ce label est délivré par des chefs d’entreprise au nom des entreprises. Elle atteste que le jeune diplômé bac+3 est opérationnel, adaptable et souvent proche, géographiquement et culturellement, de l’entreprise. Elle atteste l’appartenance de l’école et donc de la formation au réseau des chambres de commerce et d’industrie. Pour le jeune, ce label lui garantit qu’il recevra une formation en phase avec le monde de l’entreprise, une formation dédiée à la gestion et management, portée sur l’international, incluant des stages ou des périodes significatives passées dans le monde économique.
Qu’est-ce que la pédagogie active ?
Pour que la formation ait un impact sur le premier emploi, il est primordial que les étudiants aient passé une période significative en entreprise, soit dans le cadre de stage se déroulant en France ou à l’étranger, soit dans le cadre de l’alternance ou de l’apprentissage. En moyenne, nos étudiants consacrent 35 % de leur formation en entreprise. En outre, plus de la moitié des enseignements sont assurés par des professionnels. La pédagogie, centrée en partie sur le savoir être, porte sur des enseignements directement empruntés à l’entreprise et orientés vers le développement personnel, la notion de projet et de travail en équipe, etc. Accompagner les jeunes vers la réussite professionnelle, c’est aussi s’intéresser à leur propre projet. Notre rôle de pédagogue est aussi de les orienter dans leurs choix. Certains s’orientent vers le marketing alors qu’ils sont fait pour la gestion et la comptabilité, et vice versa. Les modules de développement personnels ont été conçus en ce sens pour les aider à établir un projet professionnel tenant compte de leurs goûts, de leurs centres d’intérêts et de leurs compétences.
Le label bachelor est-il exclusivement décerné à des formations dont la durée est de 3 ans ?
Non, pas nécessairement. Ce label est décerné aux cycles de 3 ans qui recrutent directement après le bac mais aussi aux cycles d’un an, qui recrutent à bac+2. En mars 2010, sur les 62 formations labellisées, 60 % étaient des cycles de 3 ans, 15 ans en 2 ans, et 25 % en un an. Ces formations sont soit visées par le ministère de l’Education nationale ou sont inscrites au répertoire national des certifications professionnelles ou RNCP.
Comment se déroule cette procédure d’accréditation ? Vous est-il arrivé de refuser des dossiers ? Sous quelles conditions décernez-vous le label Bachelor professionnel ?
Le comité de labellisation, qui comprend entre autres des représentants des entreprises, des experts des CCI, examine chaque dossier au regard de 4 critères : l’approche pédagogique, la proximité avec les entreprises, l’ouverture à l’international et la mise en œuvre du passeport compétences. Charge à eux de déterminer si la formation de l’école candidate répond à tous les critères édictés par le comité pour se voir décerner le label Bachelor professionnel. Plusieurs cas de figure se présentent : soit le dossier est refusé parce qu’il nous arrive d’avoir des candidatures d’établissement sans lien direct avec le commerce et la gestion ; soit nous suggérons à l’établissement d’affiner globalement son dossier qui nous paraît insuffisant et de représenter sa candidature ; soit nous décernons le label sous réserve que l’établissement renforce un critère qui ne correspond pas totalement aux exigences du comité. En ce cas, nous réexaminons le dossier l’année suivante ou dans les deux ans au plus tard. Les critères qui posent davantage de difficultés aux écoles sont les critères de passeport compétence et tout ce qui a trait à l’international. En effet, le comité de validation impose aux établissements que leurs étudiants aient passé une durée « significative » de 1 à 6 mois à l’étranger sans imposer, pour l’instant, de durée fixe. Bien des formations doivent encore concentrer leurs efforts sur le développement de leurs partenariats avec des établissements ou universités étrangers.
C’est le reproche que certains font aux formations bac+3. Peu ont réellement eu une dimension internationale jusqu’à ce jour. Les choses évoluent donc ?
Une formation doit impérativement avoir un positionnement international. Toutes les entreprises sont positionnées sur le marché mondial. L’exemple de Laguiole en témoigne. Cette entreprise aveyronnaise de coutellerie est connue dans le monde entier. Il est essentiel que ces collaborateurs puissent aisément converser, échanger, négocier avec des interlocuteurs anglais, espagnols, italiens, allemands, etc. Parler l’anglais aujourd’hui est un impératif. Le comité de validation est très exigeant sur ce point. Au final, 98 % des écoles labellisées exigent un excellent niveau d’anglais à la sortie ; 88 % d’entre elles proposent un séjour à l’étranger ; 48 % ont des accords de double diplôme. Malgré les efforts consentis et progressifs de la part des écoles, le comité sera toujours plus regardant sur le critère international.
Envisagez-vous de créer une banque d’épreuves communes ?
La question s’est posée mais il nous est apparu délicat d’y répondre favorablement. Pourquoi ? Parce que même si nos écoles ont un socle commun de formation à la gestion et au management, elles gardent des spécificités propres ou locales. Beaucoup recrutent sur dossier et cherchent davantage à déceler des compétences chez les candidats, à recruter des « individus » au cours d’entretien que par le biais de QCM. Mettre en œuvre un concours qui harmoniserait les connaissances, desservirait à la fois les entreprises, les écoles et les candidats. La diversité fait la richesse du réseau consulaire au travers des EGC, des IFV par exemple.
Propos recueillis par Karine Darmon
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