MS : un an pour se spécialiser

EspaceGrandesEcoles.com : 10/06/2010

La principale qualité du mastère spécialisé ? La spécialisation qui permet d’affiner une formation généraliste ou d’appréhender un métier ou un secteur d’activité précis. Il ouvre aussi la voie de la double compétence.     

Depuis plus de vingt ans, le mastère spécialisé (MS) s’est forgé une réputation de taille auprès de candidats désireux d’acquérir une spécialisation pointue ou une double compétence. Pourtant, le MS n’est pas un diplôme mais un label décerné par la Conférence des grandes écoles (CGE), il reste cependant une valeur sûre sur un CV. Pour preuve, 74 500 étudiants ont suivi ces formations depuis leur création. Et le catalogue de programmes s’étoffe d’année en année, pour atteindre 440 formations en 2009-2010 pour l’ensemble des 121 écoles membres. Cette offre n’est cependant pas figée. La création d’un MS répond avant tout à la demande d’un marché et aux besoins spécifiques de compétences des entreprises, que ce soit en termes de connaissances mais aussi en termes de méthodologies opérationnelles et de savoir-faire.
 
« Coller à la réalité du marché »
De fait, un mastère spécialisé peut être créé, puis venir à disparaître quelques années après s’il ne répond plus à la demande des recruteurs. Tous les ans, la CGE veille à ce que les écoles respectent à la lettre les règles qu'elle a édicté. Si certains MS ne satisfont pas aux conditions qualitatives et quantitatives, elle les supprime. Ces formations sont donc extrêmement vivantes et réactives. 
Pour ouvrir un MS, trois conditions s’imposent en effet aux écoles. La spécialisation doit présenter un intérêt professionnel indéniable et se positionner sur un marché porteur en termes d’emploi. Elle doit être pilotée par une (ou plusieurs) école membre de la CGE et une équipe pédagogique reconnue pour ses compétences dans le domaine visé. Enfin, le programme de formation doit couvrir quatre trimestres pleins, soit 350 heures de cours théoriques au minimum et 4 mois de stage en entreprise. Au terme du stage, l’étudiant doit réaliser une thèse professionnelle.
 
De l’intérêt de suivre un MS
Autre exigence édictée par la CGE : le niveau de recrutement principal est fixé à bac+5. Les écoles puisent notamment dans le vivier des diplômés issus des écoles d’ingénieurs habilitées par la commission des titres d’ingénieur (CTI), des écoles de commerce membres de la CGE, des titulaires de masters 2, des titulaires d’un master 1 ayant au moins 3 années d’expérience professionnelle (autre qu’un stage ou un CSNE) ou des diplômés étrangers justifiant d’un titre équivalent aux diplômes français précités. Somme toute, les juristes, les littéraires, les ingénieurs, médecins, pharmaciens et tout autre profil scientifique restent des candidats de prédilection des MS. D'une manière générale, les écoles cultivent le mélange de profils et font travailler en équipe des étudiants d’origines universitaires ou professionnelles diverses et variées sur un même projet.
 
Compléter un parcours de formation initiale
Mais quel intérêt présente une formation complémentaire conduisant à bac+6 au demeurant coûteuse (8000 € en moyenne) pour ces bac+5, alors que le marché de l’emploi pourrait leur tendre allègrement les bras ? Prime est donnée à la spécialisation. Les MS donnent en effet, une expertise sur un secteur, un métier, une discipline ou permettent d’acquérir une double compétence.
Suivi à temps plein, le MS permet de compléter un parcours de formation initiale. Les universitaires, notamment ceux qui sortent de filières généralistes et théoriques en sciences, sciences économiques ou juridiques, pourront ainsi se professionnaliser. Dans cet objectif, le MS se présente comme un levier d’accès au monde professionnel contrairement aux diplômés ingénieurs qui suivent souvent un MS dans la perspective d’acquérir une double compétence technique et managériale. Dans ce cas précis, le MS s’adresse à ceux qui ne veulent pas se cantonner dans une expertise technique mais bien développer des compétences transversales en management, éventuellement ciblées sur des familles de métier (logistique, finance, RH, marketing).
Enfin, les diplômés de commerce ou d’université issus d’une formation orientée vers la gestion et de management chercheront d’avantage à acquérir une spécialisation. Il s’agit là d’accéder à une expertise sur la base d’une formation généraliste. 
 
Un projet professionnel cohérent
A une formation de haut  niveau correspond bien souvent un parcours d’admission très sélectif. Dossiers, épreuves écrites et orales, entretien de motivation : voilà ce qui vous attend. Mais la sélection reste propre à chaque école. Elle s’effectue en premier lieu au regard de votre dossier de candidature dans lequel vous présenterez vos expériences professionnelles et expliquerez en quoi elles ont été constructives sur le plan professionnel et personnel. Certaines écoles exigent des lettres de recommandation et sont particulièrement pointilleuses sur les motivations qui vous ont conduit à présenter tel ou tel MS.
Viennent ensuite les épreuves écrites et orales spécifiques à chaque formation, parmi lesquelles il est possible de trouver l’épreuve de synthèse de textes, le QCM de culture générale, ou bien encore le test Tage-Mage qui estime vos aptitudes à suivre une formation en gestion. D’autres écoles ajoutent des épreuves de langues à leur sélection ou se réfèrent aux tests de langue de type TOEFL ou TOEIC.
Ultime étape, l’entretien de motivation qui est sans doute l’épreuve reine de la sélection. Le jury cherchera à connaître la cohérence de votre projet professionnel, la place et le rôle du MS dans ce projet par rapport à votre formation initiale.
Votre poursuite d’études doit s’inscrire dans une démarche de formation et un projet de carrière logiques. On admettra plus aisément qu'un ingénieur veuille mettre un verni « managérial » ou « commercial » à sa formation. 
 
Bien identifier la nature des débouchés
Autre élément d’importance dans la sélection : comprendre et identifier la nature des débouchés. « Il s’agit de bien réfléchir en amont sur son projet professionnel et de choisir un programme qui lui donne de la matière et surtout du sens. Il faut aussi se renseigner sur les métiers auxquels prépare le programme, contacter éventuellement des diplômés pour échanger avec eux, suivre les évolutions du marché de l’emploi et les perspectives qu’offre la formation par rapport à celles-ci », conseille Jean-Guy Bernard, directeur général EM Normandie.
Bien souvent le jury se positionnera dans une logique de pré-recrutement et testera le niveau de « culture globale » du candidat sur le secteur dans lequel il aspire à travailler. « Au groupe ESC Dijon, nous ne proposons que des MS sectoriels en industrie culturelle, pharmacie, assurance, vin, alimentation santé, communication financière. Nous nous plaçons dans des conditions de recrutement comparable à celles des entreprises. Il serait impensable qu’un candidat se présente chez Total sans être capable de parler de l’actualité du groupe », confie Jérôme Gallo.
Partez du principe que l’on ne choisit pas une formation pour elle-même mais pour sa contribution à un projet professionnel et à des débuts de carrière. Les écoles apprécient les candidats qui sauront se projeter au-delà de la formation, en revanche, elles n'apprécient guère les "éternels" étudiants qui n'ont pour ambition que celle d'ajouter un « énième » diplôme à leur CV ou de bénéficier de la renommée d'une l’école.
 
Double compétence ou complémentarité ?
Mais que rechercher de prime abord : la double compétence ou une hyperspécialisation ? Tout dépend évidemment des objectifs de chaque formation mais aussi de l’origine universitaire des participants. Ainsi, les MS en formation initiale d’Euromed management fortement sectorisés (santé, sport) développent une double compétence plus qu’une hyperspécialisation. « Un parcours master recherche en sciences du vivant suivi d’un MS management des entreprises de santé ne produit aucune hyperspécialisation mais au contraire une double compétence technique et managériale appréciée dans le secteur du marketing pharmaceutique », explique Philippe Amabile, responsable des programmes MS et MSc d’Euromed. D’autres formations sont conçues pour orienter spécifiquement les futurs managers non spécialisés. «  Il faut d’abord être un bon généraliste avant de pouvoir se spécialiser. Le deuxième élément en faveur de la généralisation est, en effet, l’importance cruciale des compétences managériales et non pas spécifiquement les connaissances », renchérit Walter Baets du groupe marseillais.

Quoiqu’il en soit, la longévité du label MS lui confère une certaine aura auprès des recruteurs et donc, des répercussions salariales. Les diplômés sont globalement mieux rémunérés que les jeunes diplômés bac+5 sortant d’une ESC, par exemple. A l’EM Normandie, la moyenne se situe autour de 36 K€ brut annuel contre 32,5 K€ pour les diplômés du programme grande école. Il est vrai aussi que le stage de longue durée leur permettent de mener réellement un projet à son terme, tout en développant leur champ d’expertise, une grande autonomie et des responsabilités. En outre, il s’avère être une véritable période d’observation pour les entreprises et donc par conséquent une période probatoire de pré-embauche.     


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