Les ingénieurs sont-ils bien formés pour faire face à la crise ? (Partie 2)

EspaceGrandesEcoles.com : 23/07/2010

Les résultats de l’enquête annuelle des Ingénieurs et scientifiques de France (ex-CNISF) viennent d’être rendus publics. Qu’ils soient fraîchement émoulus de leur école ou ingénieurs confirmés, cette enquête s’attache à donner un éclairage sur la situation des quelque 530 000 ingénieurs diplômés français exerçant en France et des 90 000 ingénieurs expatriés. Gérard Duwat, responsable de l’Observatoire des ingénieurs et chargé de conduire cette enquête, nous livre spécifiquement pour www.espacegrandesecoles.com le fruit de son analyse.

Deuxième volet : Les ingénieurs sont-ils satisfaits de leur formation ? Sont-ils suffisamment armés pour faire face à des périodes de crise économique ? Quelles compétences peuvent-ils faire valoir dans un marché de l’emploi aléatoire et capricieux ?

L’innovation : ce critère est entré récemment dans votre enquête. Pourquoi est-ce important aujourd’hui ? Les écoles vont-elles dans ce sens ?

Les ingénieurs sont partie prenante de l’innovation, c’est indéniable. Nous souhaitions connaître leur point de vue sur la question. Un bon tiers perçoit un environnement « clairement » favorable en la matière au sein de leur entreprise. Etre au cœur de l’innovation consiste à mieux positionner leur entreprise dans l’offre de services ou de produits à haute valeur et à élargir leur marché. L’innovation s’exerce davantage autour du produit pour la majorité d’entre eux, mais aussi du design ou des procédés, loin devant d’autres domaines tels que la qualité, les clients, le marketing ou les RH. Notons la part importante du design qui selon les ingénieurs ne peut être considéré comme une science mineure parce qu’ils ont pris toute la mesure qu’ils devaient non seulement réfléchir à l’efficacité du produit sur le plan technologique, mais également à son architecture, à son esthétisme, etc. Cela est en cohérence avec les évolutions engagées au sein des écoles qui doivent instiller dans l’esprit de l’ingénieur une autre dimension que la simple résistance des matériaux ! Le co-design, le développement de formations conjointes avec les écoles d’architecture ou de design en témoigne. Enfin, on accuse les écoles d’ingénieurs d’être en retrait en matière de recherche par rapport aux universités. Ce n’est pas la réalité. Il suffit de regarder ce que font leurs laboratoires de recherche et aux projets de coopération avec les entreprises pour juger de la capacité des écoles à forger l’esprit d’innovation de leurs élèves. En outre, accueillir des équipes d’enseignants-chercheurs, c’est aussi bénéficier d’un corps professoral de haut niveau et de permettre aux élèves de contribuer, à leur contact et au travers des différents projets menés, aux innovations dernier cri. La recherche permet de tracer l’avenir !

 
 
Pourquoi s’engager dans des études d’ingénieurs aujourd’hui ?
 
Lorsque l’on fait une analyse objective de la situation des ingénieurs, force est de reconnaître qu’ils s’en sortent plutôt bien. Ils sont épanouis et globalement satisfaits d’exercer leur fonction. Ils ont conscience qu’ils sont au cœur du combat que l’on a à mener dans la mondialisation au plan de la conquête des marchés. Ils sont les moteurs principaux de l’innovation. Et de mon point de vue, les écoles d’ingénieurs font un excellent travail pour les y préparer. L’excellence des formations françaises sur le plan scientifique et technique, est indéniablement reconnue au niveau international. Ce n’est pas un hasard, si 90 000 ingénieurs diplômés en France exercent à l’étranger dont seulement 30 000 partis dans le cadre d’une mission, les autres étant partis de leur propre chef. Il est essentiel d’être bien armés et d’être assis sur un bagage technique de très haut niveau pour être en mesure d’analyser, de comprendre et d’apporter une solution à un problème complexe, de participer à l’évolution d’un produit, d’un processus commercial et marketing. Les écoles d’ingénieurs remplissent parfaitement leur mission. Leurs élèves ont bénéficié d’expériences nationales ou internationales qui les rend immédiatement opérationnels en entreprise et aptes à conduire des projets de tous ordres.
 
Les écoles d’ingénieurs sont-elles parvenues à évoluer et sont-elles réellement en phase avec les besoins des entreprises ?
 
J’ai la forte conviction que nos ingénieurs sont bien formés et que les cursus ont su s’adapter au fil du temps. Sans cela, je crois que la situation professionnelle des ingénieurs aurait été largement plus critique. Les écoles assurent une meilleure préparation à l’international, à l’innovation, favorisent l’ouverture vers de nouvelles sciences sans s’enfermer dans un corpus traditionnel, prônent la pluridisciplinarité et ont renforcé les enseignements transverses en management, gestion, etc. Elles se sont adaptées aux réalités économiques aux enjeux nationaux ou internationaux. D’ailleurs, la grande majorité des ingénieurs interrogés dans notre enquête ont une vision très positive de leur formation. 60 % se satisfont de leur diplôme initial, les autres complètent leur formation par un autre diplôme scientifique (19 %), une thèse (7,5 %), un diplôme en management ou en gestion (14 %) ou un autre diplôme d’ingénieur (14 %) dont la moitié sont préparés à l’étranger. S’ils croient aussi aux vertus de la formation complémentaire à un moment ou l’autre de leur carrière, 37 % d’entre eux s’estiment satisfaits de ce qui leur est proposé. Pour autant, 87 % des ingénieurs en place se sentent plutôt bien armés pour faire face à l’avenir. C’est d’autant plus fort pour les nouvelles générations d’ingénieurs qui remontent une image positive de leur formation.
 
 
Les écoles d’ingénieurs ont largement favorisé les enseignements liés à l’entrepreneuriat. Votre enquête met en exergue d’excellents chiffres en la matière. Est-ce à dire que les écoles d’ingénieurs ont atteint leur objectif ?
 
Dans un contexte jugé difficile pour l’emploi, l’enquête 2010 révèle effectivement une hausse remarquable du nombre d’ingénieurs qui ont décidé de créer ou de reprendre une entreprise. Cette donne est d’autant plus frappante chez les jeunes de moins de 30 ans qui n’étaient que 3 % l’an dernier et sont 23 % à s’être engagés dans une telle démarche. 6 600 entreprises ont été créées ou reprises par des ingénieurs (contre 5700 en 2009) et beaucoup projettent de le faire.
 
Avez-vous un message à donner à tous ceux qui hésiteraient à suivre des filières scientifiques ? Y’a-t-il des places « à prendre » dans les écoles d’ingénieurs ?
 
Oui, dans ce monde concurrentiel et difficile, j’aimerais dire aux jeunes en quête de vocation : armez-vous le plus possible en termes de connaissances, de savoirs, d’expériences. Trop de jeunes se sont laissés tenter par des filières plus faciles d’accès, aux carrières plus rémunératrices. Pour beaucoup les études d’ingénieur impliquent rigueur, sélectivité, nécessité de consacrer une bonne partie de sa vie étudiante à travailler. Mais les ingénieurs contribuent à la compétition mondiale et économique. Ils ont plus que jamais un rôle à jouer. J’appelle de mes vœux que ces métiers retrouvent un regain d’attractivité auprès des jeunes générations. Et des filles ! Si elles obtiennent avec brio le bac S, seulement 25 % intègrent une école d’ingénieurs essentiellement dans les filières des sciences de la vie, de l’agroalimentaire et de la chimie.
 
Propos recueillis par Karine Darmon
 
Retrouvez l’intégralité de l’enquête de l’Observatoire des ingénieurs sur le site www.cnisf.org.

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